Échos du monde

Article mis en ligne le 14 juin 2021

Journée mondiale contre la faim : crise alimentaire, l’alerte rouge

Les chiffres de la faim dans le monde atteignent des niveaux sans précédent, sous l’impact délétère de systèmes agroalimentaires obsolètes, dénoncés depuis des années, et désormais amplifiés par la crise du Covid.

Journée mondiale contre la faim : crise alimentaire, l'alerte rouge

Les fonctionnaires internationaux se disent « choqués » par la permanence, à un niveau « inacceptable », de la malnutrition dans le monde.

Début mai, un cran était pourtant franchi lors de la présentation, sous l’égide de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), de l’état des crises alimentaires dans le monde : en 2020, on a recensé 820 millions de personnes en situation de « faim chronique », une hausse de 130 millions en un an. À cet indicateur révélateur de la faillite structurelle des systèmes alimentaires se superpose celui des crises ponctuelles de « faim aiguë ». : elle a affecté 155 millions de personnes dans 55 pays, soit 20 millions de plus qu’en 2019.

820
millions de personnes

sont en situation de « faim chronique », une hausse de 130 millions en un an.

En cause, les conflits (pour les deux tiers), des chocs économiques ou des conditions climatiques extrêmes. « La pandémie de Covid a amplifié tous les facteurs d’insécurité alimentaire, frappant de plein fouet les communautés les plus vulnérables, s’alarme Janez Lenarčič, commissaire européen à l’aide humanitaire et à la réaction aux crises. » Et tout laisse à penser que 2021 sera pire encore. « D’autant qu’avant la crise sanitaire, nous n’étions déjà pas en voie de résoudre les problèmes de la faim, de l’insécurité alimentaire et de la malnutrition », insiste Máximo Torero, économiste en chef de la FAO.

155
millions de personnes

dans 55 pays, en situation de « faim aiguë » liée à crises ponctuelles

Plus d’un an après l’explosion de la pandémie mondiale, les mécanismes aggravants ont été identifiés. Là où l’économie était chancelante, des records de chômage et de pauvreté sont atteints.

Les fermetures de frontières et de magasins ainsi que les confinements ont interrompu des circuits d’approvisionnement, les envois de fonds par les travailleurs migrants à leur famille ont baissé, le prix des denrées alimentaires a grimpé, les programmes d’aide se sont rétractés, les systèmes de santé ont été débordés.

Au Burkina, la fermeture des marchés a tari les revenus paysans

Au Burkina Faso, des marchés ont été fermés pour limiter la contamination par le coronavirus, mais aussi, dans la zone des trois frontières (avec le Mali et le Niger), sous l’injonction des bandes djihadistes qui tentent de rallier par la contrainte des populations villageoises à la charia (loi islamique). « La mise en veille de ces places névralgiques, pour la vie économique et sociale, a eu un impact négatif très fort sur la vie des familles paysannes, souligne Philippe Ki, coordinateur du réseau Afrique verte au Burkina Faso. Car leur économie domestique dépend beaucoup de la vente régulière de petites quantités de leurs excédents de production vivrière, indispensable source de revenus qui s’est fortement tarie. »

Par ailleurs, la priorité donnée par l’État à la mobilisation sur les fronts de la pandémie et de la sécurité a ponctionné une partie des ressources affectées aux programmes éducatifs et sanitaires et a conduit à sélectionner plus étroitement les bénéficiaires des distributions de denrées. « L’insécurité alimentaire, endémique au Burkina Faso, subit une aggravation à bas bruit », constate Philippe Ki.

« Les crises ponctuelles de “faim aiguë” liées aux conflits (pour les deux tiers), aux chocs économiques ou à des conditions climatiques extrêmes ont affecté 155 millions de personnes dans 55 pays, en 2020. »

Au Mali voisin, la crise sécuritaire a pris une ampleur très préoccupante, entre les incursions des rebelles touaregs du Nord ou des groupes islamiques et les rançons demandées par les bandes de « coupeurs de routes ». Le village de Farabougou, dans la région de Ségou, est assiégé depuis sept mois par des djihadistes qui ont brûlé les champs de riz et pillé les greniers. Les 3 000 habitants, pris en otage, vivent du parachutage de colis alimentaires.

« Alors que les rebelles sont désormais à moins de 200 kilomètres de Bamako, il n’existe pratiquement plus de marchés dans une grande partie du nord et du centre du pays, témoigne Mohamed Haidara, coordonnateur d’Afrique verte Mali. Dans des secteurs entiers, les paysans ne cultivent plus par crainte d’exactions. »

Par ailleurs, la confusion générée par le coup d’État d’août 2020 complique les conditions de vie. Les grèves se succèdent, dont celles des transporteurs qui affectent la disponibilité des denrées alimentaires dans certaines régions. De mai à août, le Réseau de prévention des crises alimentaires prédit que la faim pourrait toucher 1,2 million de personnes dans les régions conflictuelles du Mali, un bond de 50 %.

Et les prévisions sont encore plus alarmistes dans la zone très peu sûre des trois frontières, où un tiers de la population, côté burkinabè, pourrait se retrouver en
situation d’urgence alimentaire.

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