Publié le 10.01.2017 • Mis à jour le 15.02.2017

Trois mois après l’ouragan, des nouvelles d’Haïti

Les 3 et 4 octobre 2016, l’ouragan Matthew a dévasté Haïti. Vous avez été nombreux à manifester votre solidarité avec les Haïtiens en répondant à l’appel aux dons lancé par le CCFD-Terre Solidaire pour soutenir et accompagner les actions de ses partenaires présents dans les zones affectées. Dans un contexte difficile lié aux destructions de l’ouragan (routes détruites, communications coupées, récoltes et bétail perdu), l’aide s’organise pour réhabiliter les systèmes d’adduction d’eau et permettre la reprise agricole dans les régions touchées.

L’ampleur de la catastrophe

Au moment de frapper Haïti, l’ouragan Matthew était qualifié de catégorie 4 sur l’échelle Safir-Simpson. Il s’agit du plus violent ouragan enregistré dans la Caraïbe sur les 10 dernières années, et dans le cas d’Haïti, il faut remonter à 1963 pour trouver un cas comparable, celui du cyclone Flora.
Haïti est l’un des pays les plus exposés aux risques naturels et les plus vulnérables aux aléas d’origine sismique et cyclonique, qui peuvent réduire à néant des efforts de lutte contre la pauvreté.


Dans les plaines côtières, plusieurs villes ont presque été rasées. Routes, ponts, églises, écoles, dispensaires, systèmes de distribution d’eau potable, canaux d’irrigation, nombre d’infrastructures publiques et communautaires ont été détruites ou gravement endommagées. Toitures en tôles arrachées, maisons détruites, mobiliers emportés, plantations ravagées… Le cyclone a occasionné des dégâts matériels exceptionnels, avec un impact à la fois sur le présent et le futur de nombreuses familles.

La première aide est venue de la population haïtienne

Dès le lendemain du passage du cyclone, les Haïtiens se sont mobilisés pour se protéger, offrir un toit et des soins de base, et réparer les dégâts sur les pistes afin de les rouvrir à la circulation. Ceci malgré leurs moyens insuffisants et face à leur propre survie dans un contexte général de grande pauvreté et de contraintes.

Des convois d’aide privée de la capitale Port-au-Prince, plutôt épargnée par les dégâts liés à l’ouragan,se sont aussi organisés vers les régions ébranlées.

Situation des partenaires du CCFD-Terre Solidaire...

Les associations partenaires haïtiennes du CCFD–Terre Solidaire, présentes dans les zones affectées au bout de la grande presqu’ile du sud d’Haïti se sont rapidement portées au secours de la population. Leur première tâche a été d’évaluer les besoins pour pouvoir apporter une aide adéquate.

Dans la zone montagneuse des Palmes, de Delatte, de Pélagie et une partie de Petit-Goâve, où Concert’Action intervient plus particulièrement, de nombreux dégâts ont été répertoriés au niveau des exploitations agricoles avec des pertes de bétail et de cultures. Aucune récolte n’a été possible à la fin 2016.
Une part importante des réserves de céréales et de légumineuses gardées dans les maisons ou dans les structures traditionnelles de stockage est perdue. Plusieurs systèmes de distribution d’eau potable ont été endommagés. Des pistes ont été coupées à de multiples endroits, suite aux fortes précipitations qui ont provoqué éboulements et glissements de terrain.

Dans les divers départements du Sud et au-delà, le mouvement paysan Tèt Kole a, entre autres, signalé la destruction de nombreuses habitations paysannes et le ravage des plantations de nombreux producteurs. Mais aussi la destruction de nombreuses écoles et la situation financière difficile de familles monoparentales dirigées par des femmes.

Même si les centres d’Iteca n’ont pas été directement touchés, leurs organisations partenaires ont également rapporté d’importantes détériorations au niveau des habitations et des plantations dans le sud du pays.

... et les propositions d’actions

L’action du CCFD-Terre Solidaire se construit dans le dialogue avec ses partenaires, en respectant quatre types de critères :
-  L’aide apportée doit être très bien accompagnée et portée dans la mesure du possible dans le cadre d’une coordination entre les acteurs concernés, dont les communautés et les autorités locales.
-  Elle doit asseoir les bases pour des pratiques agro-écologiques et sociales durables, pouvant être reproduites par d’autres communautés.
-  Elle doit être accompagnée d’actions sur le plus long terme.
-  Elle doit impliquer le protagonisme des communautés locales.

En suivant ces orientations, et en lien avec ses choix stratégiques en Haïti, le CCFD-Terre Solidaire a décidé d’appuyer deux types d’actions portées par ses partenaires :

La réhabilitation de systèmes de distribution d’eau potable dans une logique de gestion communautaire dans la zone de Palmes

Des captages de sources ont été construits et alimentent des petits systèmes de distribution d’eau potable desservant la population dans les sections communales de Petit-Goave et des Cotes de Fer. Leur entretien et les éventuelles réparations d’ouvrages sont à la charge des structures locales, mises en place depuis une quinzaine d’années avec l’appui de Concert-Action, qui collectent et gèrent les cotisations versées par les familles.
Cependant, le passage de l’Ouragan a endommagé de nombreux ouvrages et les coûts des réparations sont trop élevés pour qu’ils soient supportés par ces structures locales. Concert-Action estime que la réhabilitation des systèmes communautaires d’eau coûtera 340.000 euros sur deux ans.
L’aide du CCFD-Terre Solidaire permet à Concert Action de lancer et financer la réhabilitation d’une quarantaine d’ouvrages dégradés, tout en renforçant la gestion communautaire des réseaux d’eau, dans la perspective d’une autonomie progressive locale. Il est également prévu un accompagnement de ces réseaux en vue de leur rapprochement avec la Dinepa (la Direction Nationale de l’Eau potable et de l’Assainissement), afin de maintenir au maximum le lien avec l’Etat haïtien, et ne pas s’y substituer, notamment dans ces moments de crise.

La recapitalisation d’exploitations agricoles dans la commune de Cavaillon

Accompagnés par un collectif d’organisations, les habitants de la commune ont effectué eux-mêmes un état des lieux précis des dommages causés et des besoins à prioriser. Ils ont identifié deux priorités urgentes : les logements et l’agriculture, pour relancer la production.

Le CCFD-Terre Solidaire va s’engager auprès de deux partenaires dans cette zone, Tèt Kole et ITECA, réunis en consortium avec trois organisations locales. L’objectif est d’appuyer la recapitalisation agricole, notamment par l’approvisionnement en semences paysannes, en prévision de la campagne agricole de printemps.

Lire aussi "Ouragan Matthew, solidaire avec le peuple haïtien"

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