Qui sont les 5 lauréats du Prix Photo du CCFD-Terre Solidaire ?
“Voir le monde en face”, telle est l’invitation du Prix Photo du CCFD-Terre Solidaire. Pour l’édition 2025, 402 photographes venus de 69 pays ont répondu à l’appel. Il est temps de vous dévoiler les 5 photographes lauréats. Ils et elles ont été primés par un jury de professionnels mais aussi, pour la première fois, grâce à un Prix du Public. Un prix est remis, à titre posthume, au Palestinien Ismail Abu Hatab, tué par une frappe israélienne le 30 juin dernier à Gaza.
Réchauffement climatique en Amazonie et au Guatemala, guerre en Palestine, détresse migratoire dans la jungle du Darién… Leurs travaux offrent un regard sans filtre sur un monde bouleversé par des crises multiples. Chaque lundi de septembre, plongez dans la série de l’un ou de l’une des photographes lauréates grâce à un article qui lui est entièrement dédié :
- [01/09] Federico Ríos Escobar, le chemin désespéré
- [08/09] Lys Arango, en attendant la récolte
- [15/09] Lalo de Almeida, le réchauffement de l’Amazonie
- [22/09] Ismail Abu Hatab, résister au silence
- [29/09] Natalya Saprunova, ce froid qui n’est plus éternel
Envie de découvrir les reportages primés en grand format ? Rendez-vous du 3 au 26 octobre 2025 au Point Ephémère à Paris pour l’exposition du Prix Photo CCFD-Terre Solidaire. Différentes rencontres seront organisées pendant cette période, à commencer par la soirée d’inauguration le vendredi 3 octobre.
Federico Ríos Escobar, le chemin désespéré
Prix du jury / Dotation de 10 000 euros
Au milieu de la jungle, entre la Colombie et le Panama, se trouve l’une des routes migratoires les plus importantes du monde. Unique passage entre l’Amérique du Sud et l’Amérique centrale, la région du Darién a déjà vu passer plus d’un million de personnes depuis 2021. Ils sont vénézuéliens, péruviens, haïtiens, cubains, mais aussi afghans ou chinois… et rêvent tous des États-Unis. Ils arpentent les chemins boueux dans un dénuement total, sandales au pied. Sur leur visage, la même expression : un mélange d’effroi et d’épuisement. Le photographe colombien Federico Ríos Escobar documente cette tragédie humaine depuis 2022 dans son projet Paths of Desperate Hope. Au Darién, l’espoir prend un chemin désespéré.
Je suis photojournaliste depuis plus de vingt ans. J’ai été témoin de beaucoup d’atrocités. Mais rien ne m’a autant marqué. Le Darién, pour moi, c’est l’enfer sur Terre.
Lys Arango, en attendant la récolte
Prix du jury / Dotation SAIF de 10 000 euros
Comment survit-on quand il n’y a plus rien à récolter ? Cette question hante la photographe espagnole Lys Arango depuis son premier voyage au Guatemala en 2019. Pour son projet Until the Corn Grows Back, la reporter documente la faim qui ravage les populations indigènes mayas dans le « couloir de sécheresse ». « J’ai découvert un territoire abandonné, des familles qui survivent dans l’attente d’une pluie qui ne vient plus ou de l’aide d’un proche parti vers le nord. » Dans cette communauté, 80% des enfants souffrent de malnutrition chronique. Mais, les savoir-faire agricoles ancestraux continuent de se transmettre.
La faim est bien là, mais elle cohabite avec la dignité et la solidarité.
©Eduardo Knapp
Lalo de Almeida, le réchauffement de l’Amazonie
Prix du jury / Dotation de 10 000 euros
Leur mode de vie est ancestral, leur lien à la nature indéfectible. Pourtant, les communautés indigènes d’Amazonie se retrouvent piégées dans leur propre forêt. En 2023 et 2024, la région a connu des épisodes de sécheresse extrême, faisant disparaître les cours d’eau, principale ressource et uniques voies de transport. Les conséquences pour les peuples riverains sont dramatiques. « Sans eau, ils sont complètement perdus, témoigne Lalo de Almeida. La vie s’arrête. » Le photographe brésilien souhaite poursuivre son projet Climate Change in the Amazon, en se concentrant sur les stratégies d’adaptation de ces populations, sur ce qu’elles inventent « pour échapper à la grande menace du réchauffement climatique ».
En 15 années de reportage, je n’avais jamais vu ça : des étendues de sable à la place des rivières, des paysages ressemblant, vus du ciel, au Sahara.
Ismail Abu Hatab, résister au silence
Prix spécial du jury à titre posthume / Prix remis à ses proches
Le Palestinien Ismail Abu Hatab a photographié les rives de la Méditerranée à Gaza, là où de nombreuses personnes déplacées par les conflits successifs tentent de survivre « entre le ciel et la mer ». Tentes de fortune déchiquetées par les vents, eaux souillées rendant la pêche impossible, menaces des bombardements… Le quotidien de ces hommes, femmes et enfants est rythmé par la peur. Mais malgré l’inquiétude et le dénuement, « la vie existe encore », tenait à souligner le reporter. Beyond the Sky and the Sea est le dernier projet d’Ismail Abu Hatab. Le photographe est mort dans une frappe israélienne à Gaza le 30 juin dernier. Il avait 33 ans.
Cette série est ma façon de résister à l’oubli et au silence.
Natalya Saprunova, ce froid qui n’est plus éternel
Prix du public / Commande d’un reportage auprès d’une organisation partenaire du CCFD-Terre Solidaire
Quand le givre fond, l’espoir disparaît. La photojournaliste française d’origine russe Natalya Saprunova travaille depuis 2022 sur le permafrost, cette couche de glace millénaire qui recouvre 20% de la surface continentale de la Terre. Elle s’est d’abord rendue en Yakoutie, une région de Sibérie, puis dans les territoires du nord-ouest canadien pour constater les dégâts du réchauffement climatique sur ces sols gelés. Par endroit, la glace a laissé place à des étendues d’herbe verte. Les terrains s’affaissent, les bâtiments s’effondrent. Les communautés autochtones sont menacées. Certains sont prêts à partir. Au-delà, la fonte du permafrost met en danger le climat de l’ensemble de la planète.
Ce n’est pas seulement une question de sol qui disparaît et de glace qui fond. Il s’agit aussi de la menace pour les cultures autochtones et les écosystèmes fragiles où des populations ont vécu pendant des générations.
Textes de présentation des photographes : Alexandra Nawawi
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