COP 30 : La dette des pays du Sud, l’angle mort de la transition écologique
Du 10 au 21 novembre 2025, la COP30 prend ses quartiers à Belém, aux portes de l’Amazonie brésilienne. Les délégations des 200 pays participants devront résoudre une équation complexe : comment répondre efficacement à la crise climatique qui chaque année s’intensifie et, surtout, où trouver les fonds pour financer cette adaptation ? Et si la solution passait par l’effacement des dettes insoutenables, qui asphyxient les pays du Sud et les empêchent d’investir pour leur avenir ?
Pays du Sud : responsabilité minimale, conséquences maximales
Méga-feux au Canada, mousson meurtrière au Pakistan, pluies torrentielles au Mexique, des records de températures battus les uns après les autres… En 2025, la crise climatique n’est plus une idée abstraite.
Désormais, 3,3 milliards de personnes sont exposées fortement aux impacts du changement climatique. Bien souvent, ces populations en sont les moins responsables.
Plus personne ne remet en doute l’évidence : il faut accélérer la lutte contre le changement climatique. Et cela passe par des mesures d’adaptation et d’atténuation, mais aussi par le financement des pertes et dommages déjà causés par le réchauffement. Or, pour les pays du Sud, dont beaucoup sont étranglés par des dettes insoutenables, c’est quasiment impossible.
Rembourser ses dettes ou s’adapter au changement climatique
A la crise climatique s’ajoute aujourd’hui une crise de la dette. De nombreux pays font face à des dettes qui rendent impossible tout investissement pour améliorer leurs services publics ou affronter le changement climatique. En Zambie par exemple, la dette représente 33 % du budget national, alors que les dépenses sociales en santé et en éducation atteignent à peine 19 %.
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Les pays du Sud consacrent actuellement cinq fois plus d’argent au remboursement de leurs dettes qu’à la lutte contre l’urgence climatique. Beaucoup d’entre eux se tournent alors vers leurs ressources naturelles, notamment fossiles et minières, pour pouvoir les rembourser.
Tout cela crée un cercle vicieux où l’endettement devient un frein au progrès social et environnemental.
L’exemple du Pakistan. En 2022, le Pakistan a subi l’une des pires inondations de son histoire. Plus de 1 700 personnes sont mortes, 33 millions ont été impactées et un tiers du pays s’est retrouvé sous l’eau. Les pertes ont été estimées à 30 milliards de dollars. Pour y faire face, le pays a dû emprunter, notamment auprès du FMI qui lui a imposé des mesures d’austérité. Résultat : le Pakistan se retrouve encore plus endetté et en crise économique, alors que sa responsabilité dans le changement climatique est minime.
Aide au développement et service de la dette : le grand tour de passe-passe
L’année dernière, la COP29 s’était achevée sur une promesse, celle des pays riches de mobiliser 300 milliards de dollars par an pour les pays du Sud d’ici à 2035 pour les accompagner dans leur adaptation au changement climatique, un chiffre tout de même en deçà de ce que demandaient les pays du Sud.
Près de 80% des émissions de CO2 entre 1850 et 2021 sont attribuées aux pays du Nord.
Selon un rapport du Programme des Nations unies pour l’environnement
Selon la Banque mondiale, 9 240 milliards de dollars seraient nécessaires chaque année d’ici 2030 pour financer les Objectifs de Développement Durable (ODD) dans les pays en développement. Rien que pour le climat, 2 400 milliards de dollars par an sont nécessaires pour répondre aux besoins d’adaptation et de réparation. En comparaison, l’aide publique au développement (APD) mondiale s’élevait à 211 milliards de dollars en 2022, et les financements climatiques à 115,9 milliards de dollars. Cela représente moins de 5 % des besoins globaux.
Le pire dans tout ça ? Ces montants sont surévalués puisqu’entre 65 et 70% de ces financements sont faits sous forme de prêts.
☞ Pétition : Exigeons des solutions face à la crise de la dette des pays du Sud !
Quand le Sud finance le Nord
Dans l’imaginaire collectif, les pays riches apparaissent comme des financeurs altruistes ayant reconnu leur responsabilité historique de pollueurs. Les données révèlent une réalité inverse : les pays du Sud transfèrent plus de ressources au Nord qu’ils n’en reçoivent de leur part, à travers le service de la dette, la fuite des capitaux ou les transferts des bénéfices par les multinationales.
971 milliards $
327 milliards $
Le déséquilibre est scandaleux : les pays du Sud ont ainsi transféré vers les pays du Nord une somme nette avoisinant les 650 milliards de dollars !
Cette sortie massive de capitaux constitue un véritable frein à leur développement autonome et durable. Elle limite considérablement leur capacité à investir dans des secteurs cruciaux tels que la sécurité alimentaire, la santé publique, l’éducation ou encore la lutte contre le changement climatique.
Le cas français : des chiffres trompeurs. En 2023, la France a consacré 7,2 milliards d’euros au financement climatique. Mais d’après une étude basée sur les chiffres de 2022, 92 % de ces financements sont en réalité des prêts. Or, ces prêts, même s’ils sont comptés comme une aide pour le climat, augmentent la dette des pays qui les reçoivent. Cette même année, la France et les banques françaises ont reçu à peu près la même somme en remboursements de prêts venant de pays du Sud.
De Nairobi à Belém : unir la justice fiscale et climatique
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La COP 30, un test de crédibilité pour le Nord
La COP 30 doit marquer un vrai tournant politique et redéfinir les relations entre les pays du Nord et ceux du Sud. Aujourd’hui, le système mondial reste dominé par une logique de rentabilité, même pour les financements liés au développement et au climat.
Alors que limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C semble aujourd’hui difficile, chaque COP devient plus cruciale. La COP 30 doit donc se traduire par des actions concrètes : annuler les dettes insoutenables, accorder des financements climatiques sous forme de dons, réformer le système financier international… Et surtout reconnaître le droit à la justice climatique, en plaçant les populations les plus touchées au cœur des négociations.
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Photo de couverture : Roberta Valerio
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